Cycl-add : l’innovation au service du recyclage plastique

Vous l’utilisez chaque jour sans y penser. Dans votre salle de bain, votre cuisine, votre voiture. Le plastique s’est glissé partout, au point qu’on ne sait plus vraiment comment s’en passer. Mais voilà le paradoxe qui dérange : ce matériau devenu indispensable pollue massivement, et pourtant nous continuons d’en produire, encore et encore. Alors que faire ? Certains ont décidé de prendre le problème à bras-le-corps, non pas en diabolisant le plastique, mais en le transformant radicalement. C’est exactement ce que fait une petite entreprise française qui a choisi de voir dans le déchet une ressource insoupçonnée.

Une start-up nichée au cœur de la Plastics Vallée qui bouscule les codes

En juin 2016, à Maillat, près d’Oyonnax, Hervé Guerry lance un pari audacieux. Cet entrepreneur, qui dirige depuis 1999 Créastuce, un bureau d’études spécialisé en plasturgie et éco-conception, a passé quatre années à chercher une solution que personne n’avait encore trouvée. Son idée ? Utiliser le plastique lui-même pour recycler ce qui ne l’est pas. Nous sommes ici au cœur de la Plastics Vallée, ce territoire de l’Ain où l’industrie plastique fait battre le cœur économique depuis des décennies. Cette implantation n’a rien d’anodin : c’est là que se concentrent savoir-faire, machines, compétences techniques.

Mais Cycl-add ne ressemble pas aux autres acteurs du secteur. Avec moins de dix salariés, cette structure mise tout sur l’innovation technologique et le culot. Là où l’industrie traditionnelle voit des déchets impossibles à traiter, Hervé Guerry et son équipe voient des matières premières sous-exploitées. Leur conviction : le recyclage ne peut fonctionner que si on arrête de considérer certains plastiques comme perdus d’avance.

La chimie du déchet : quand l’impossible devient possible

Concrètement, comment transforme-t-on ce qui finit normalement en incinération ou en enfouissement ? Cycl-add a développé un procédé breveté qui récupère deux flux de déchets bien distincts. D’un côté, des déchets plastiques non recyclables : pots de peinture souillés, mélanges de plastiques impossibles à séparer, textiles techniques en polyamide-élasthanne. De l’autre, des déchets industriels tout aussi problématiques : poudres de peinture époxy ou polyester, toner d’impression, chutes de production d’airbags. En combinant ces deux sources, Cycl-add crée ce qu’ils appellent une « nouvelle chimie du déchet ».

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Le résultat ? Des additifs écologiques baptisés « boosters », qui renforcent et stabilisent les plastiques recyclés. L’entreprise propose aujourd’hui plusieurs gammes : les boosters Antiparos et Tinos, ainsi qu’un colorant noir intense appelé Perissa. Ce qui nous frappe, c’est l’ingéniosité du concept : au lieu de chercher à purifier à tout prix, Cycl-add exploite les propriétés chimiques déjà présentes dans les déchets pour créer de la valeur.

Déchet traité Propriété apportée Application finale
Poudres de peinture époxy/polyester Résistance aux chocs, anti-UV Pièces plastiques techniques, fixations de ski
Toner d’impression Colorant noir intense, antistatique Produits 100% recyclés avec aspect esthétique
Chutes d’airbag (polyamide-élasthanne) Renforcement mécanique Équipements sportifs, pièces résistantes
Masques chirurgicaux en polypropylène Fluidité améliorée, légèreté T-shirts techniques, pots de fleurs éco-conçus

Du déchet à la matière première : le pari économique de l’écologie

Parlons argent, parce que c’est bien là que tout se joue. Les industriels ne changeront leurs habitudes que si l’alternative verte ne les ruine pas. Cycl-add l’a compris depuis le début. Leurs additifs permettent de remplacer 20 à 40% de plastique vierge dans la production, ce qui réduit directement les coûts de matière première. Le colorant recyclé Perissa coûte 25% moins cher que son équivalent classique. Quant au prix catalogue des boosters, il tourne autour de 0,7 à 0,8 euro le kilo, un tarif compétitif face aux additifs conventionnels.

Cette rentabilité économique n’est pas un détail, c’est le nerf de la guerre. Trop souvent, les solutions écologiques restent cantonnées aux vitrines marketing parce qu’elles coûtent trop cher pour être généralisées. Nous pensons que l’écologie ne devrait jamais être un luxe réservé aux marques qui ont les moyens de se payer une bonne conscience. Ici, l’argument financier joue en faveur de l’environnement, et c’est précisément ce qui rend la proposition de Cycl-add crédible auprès des transformateurs plastiques.

Des masques chirurgicaux aux t-shirts : la filière qui change tout

En septembre 2020, alors que les masques jetables s’accumulent par millions, Cycl-add lance un projet qui illustre parfaitement sa philosophie. L’objectif : recycler les masques chirurgicaux en polypropylène que certaines industries utilisent jusqu’à deux tonnes par mois. Mais pour y parvenir, impossible de travailler seul. L’entreprise réunit alors neuf structures partenaires qui forment un écosystème complet d’économie circulaire.

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Voici comment cette chaîne fonctionne de bout en bout :

La collecte démarre grâce à TEHP (Territoire à Énergie Humaine Positive) en Auvergne-Rhône-Alpes, complétée par Solution Recyclage et Lemon Tri pour le reste de la France. Les masques arrivent ensuite chez le Groupe Solid’Aire, une structure de réinsertion du bassin d’Oyonnax, qui assure le lavage, la désinfection et le démantèlement. À cette étape, les équipes procèdent au tri en suivant plusieurs opérations clés :

  • Retrait des élastiques et barrettes nasales
  • Lavage et désinfection complète des masques
  • Granulation des matériaux séparés
  • Filage du polypropylène pur chez Ain Fibres
  • Tricotage par la société Billon
  • Confection finale des t-shirts techniques par Aura Evolution

Parallèlement, les élastiques et barrettes sont broyés puis transformés par Créastuce en pièces éco-conçues comme des pots de fleurs. Ce qui nous impressionne, c’est l’intelligence collective déployée : chaque acteur apporte son savoir-faire, et la boucle se ferme localement. Une démonstration que l’économie circulaire n’est pas qu’un concept, mais une réalité opérationnelle quand on accepte de jouer collectif.

Recycler l’irrecyclable : seaux souillés, mélanges impossibles et textiles techniques

Maintenant, intéressons-nous aux cas les plus délicats, ceux que personne ne voulait toucher. Les seaux de peinture souillés, par exemple, finissaient systématiquement enfouis parce que le plastique contaminé ne trouvait aucun débouché. Les mélanges de plastiques impossibles à séparer suivaient le même chemin, tout comme les textiles en polyamide-élasthanne utilisés dans certains équipements sportifs. Cycl-add a fait de ces rebus sa spécialité.

Grâce à sa technologie, l’entreprise adapte les matières recyclées aux cahiers des charges les plus pointus. Les boosters ajoutent des propriétés qui manquent cruellement aux plastiques en fin de vie : résistance anti-UV, caractère antistatique, résistance aux chocs, fluidité améliorée pour faciliter l’injection. Prenons l’exemple des fixations de ski techniques fabriquées à partir de textiles polyamide-élasthanne recyclés : elles répondent aux normes de sécurité exigeantes du secteur, tout en valorisant un déchet autrefois considéré comme perdu.

L’absurdité, c’est qu’on enfouissait ou brûlait des ressources alors qu’elles contenaient des additifs coûteux déjà présents. Sur trois ans, le traitement des poudres époxy a permis d’économiser 8 000 MWh d’énergie et 12 995 tonnes équivalent CO2. Ces chiffres nous rappellent que chaque tonne non incinérée compte vraiment.

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100% recyclé, vraiment : le graal de l’économie circulaire

Voici la performance qui change la donne : Cycl-add produit des pièces plastiques 100% recyclées, additifs et colorants compris. Vous lisez bien, même les composants qui servent à colorer ou renforcer la matière proviennent du recyclage. C’est une première mondiale, et elle mérite qu’on s’y attarde. Habituellement, les plastiques recyclés perdent leurs propriétés mécaniques au fil des cycles de transformation. Ils deviennent cassants, ternes, moins fiables. Les boosters de Cycl-add inversent cette dégradation en stabilisant et renforçant la matière.

Le booster Tinos, par exemple, offre un aspect ardoise particulièrement recherché en design produit. Le colorant Perissa garantit un noir intense, là où le recyclé classique donne souvent du grisâtre. Ce niveau d’exigence esthétique et technique prouve qu’on peut recycler sans compromis sur la qualité finale. Nous en avons assez des « pourcentages recyclés » affichés en vitrine qui cachent des produits de seconde zone. L’industrie doit sortir du greenwashing cosmétique et proposer du recyclé aussi performant que le neuf, sinon les consommateurs continueront à se méfier.

Les défis d’une révolution silencieuse

Soyons honnêtes, tout n’est pas gagné. La technologie existe, les résultats sont là, mais plusieurs obstacles freinent encore le déploiement massif. La collecte des déchets spécifiques reste un casse-tête logistique : encore faut-il que les industries acceptent de trier, stocker, et envoyer leurs rebuts vers la bonne filière. Cycl-add mise sur l’installation de totems de collecte directement en entreprise, mais convaincre chaque site demande du temps et de la pédagogie.

Autre limite : la taille modeste de la structure. Avec moins de dix salariés, Cycl-add fait face à un défi démesuré. Comment massifier une solution quand les volumes de déchets disponibles fluctuent ? Comment répondre aux normes sectorielles spécifiques de chaque industrie ? L’entreprise a développé un service d’achat et vente de matières régénérées pour faire le lien entre détenteurs de déchets et transformateurs plastiques, mais cela suppose de construire un réseau solide et de coordonner des flux complexes.

Malgré ces imperfections, une certitude demeure : les solutions existent déjà, ancrées localement, portées par des entrepreneurs qui avancent sans attendre les grandes annonces gouvernementales. Cycl-add prouve qu’on peut recycler l’irrecyclable, créer de la valeur économique à partir du rebut, et boucler la boucle du plastique sans sacrifier la performance. La révolution ne fait pas toujours de bruit, parfois elle avance discrètement, une tonne de déchets à la fois.