Canal Istanbul : un risque de plus pour la Méditerranée et la mer de Marmara

Soliman le Magnifique en avait rêvé entre 1520 et 1566, le Président Recep Tayyip Erdogan l’a fait !

( capture d’écran)

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Projet fou, pharaonique, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier ce projet.

Le projet prévoit la construction d’un canal de 45 kms de long à l’ouest d’Istanbul pour relier la mer Noire à la mer de Marmara.

 

capture marine trafficLes seuls chiffres incontestables sont ceux du transport maritime entre la Méditerranée et la mer Noire, 50 000 bateaux qui transitent chaque année entre la Méditerranée et la mer Noire, dans une configuration géographique particulièrement dangereuse, rendent la navigation dans ces eaux propice aux accidents ( Inpendenta le 15 novembre 1979 / 41 morts , Nassia 13 mars  1994 / 24 morts, 10 disparus ).

(capture écran Marine Traffic)

 

« Officiellement » décidé pour des raisons environnementales et de sécurité, mises en avant pour le repeindre en « vert », ce projet ne résiste pas longtemps à l’analyse.

Le projet de doubler le Bosphore par un canal artificiel aurait pour but de diminuer la circulation des bateaux sur une zone à risque pour les renvoyer vers le canal, plus sûr. Mais rien ne le démontre que cela sera le cas. Au contraire, le trafic maritime risque de s’accroitre, augmentant de fait la pollution inhérente au transport maritime, alors que la mer de Marmara souffre déjà d’espèces « importées », voire invasives .

La mer de Marmara est alimentée au nord par le détroit du Bosphore et au sud par le détroit des Dardanelles, c’est donc une mer quasi fermée, qui bénéficie du phénomène de pynocline, c’est à dire un courant de surface moins salé qui vient de la mer Noire et un courant inverse en profondeur qui vient de la Méditerranée. Compte-tenu du développement industriel, de la bétonisation , d’une forte densité de population, et des apports de pollution de la mer Noire, qui est une mer quasiment à l’agonie, la mer de Marmara est déjà aujourd’hui une mer en sursis.

Au fond de la mer de Marmara existe une faille sismique active qui fait l’objet d’études et de surveillance régulières, la faille de Marmara. Au-delà de la construction d’un ouvrage de cette taille à proximité d’une faille sismique active, le canal va réinjecter de l’eau moins salée (et polluée) de la mer Noire dans une mer fragile et va contribuer à amplifier la pollution de la mer de Marmara.

Les raisons de ce projet sont éminemment politiques. L’accord de Montreux de 1936 régit au niveau international la circulation dans les détroits et les conséquences géopolitiques qui en découlent. Un canal « privé » permettra à la Turquie de prélever un droit de passage, et surtout de s’affranchir des traités internationaux et permettre le passage de navires non autorisés par les traités.

Reste que le coût du projet de canal pourrait être un frein à sa réalisation. Alors que les hypothèses chiffrées pour la construction du canal sont données autour de 30 milliards d’euros, nous ne savons rien du financement envisagé.

Nous espérons au moins que l’Union Européenne n’apportera pas son soutien à un tel projet.